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Alpiniste exemplaire, Pierre Béghin était le grand de la montagne. Exigeant, conscient et doué, il a aussi ouvert la voie du renouveau de l’himalayisme français.
Bicentenaire de la Révolution Française. Pour l'occasion, une expédition est organisée au Makalu, ce sommet qui a si bien réussi aux Français en 1955 et en 1971. La face sud a été gravie en 1975 par une équipe yougoslave évoluant dans un style traditionnel. Une rectification directe est à l'ordre du jour, pour une équipe restreinte dirigée par Pierre Béghin. Début octobre, il laisse ses compagnons, Michel Cadot et Alain Ghersen, à
Pierre Béghin. Quel alpiniste! Discret au point d'être méconnu. Ce brillant ingénieur sorti de l'école des Mines a choisi depuis longtemps sa route : elle passe par la montagne. Sans concession. Sa voie n'est pas une voie normale, et ses grandes courses tapent vite dans l’exceptionnel et l'engagé: solos à la Walker, aux Drus, face nord au pilier nord du Frêney (première)... L'époque est aux hivernales. Les grandes, sur plusieurs jours avec un gros sac et des risques énormes. Celles de Béghin ne donnent pas dans l'ordinaire: Bonatti-Vaucheraux Jorasses, avec Xavier Fargeas, ou voie Devies-Gervasutti à l'Ailefroide, avec Pierre Caubet, Pierre Guillet et Olivier Challéat. Rien que d'aller au pied en hiver, ça vaut une ligne dans la chronique ! Puis il ose l'impensable : cinq jours en solitaire en hiver, dans la face nord du pic Sans Nom. "Une incroyable expérience alpine" dira-t-il au retour ... Pierre Béghin a la bonne pointure pour l'Himalaya, et surtout pour ce nouveau jeu inauguré par Messner et Habeler : la technique alpine. En 78, avec Xavier Fargeas, ils répètent ainsi la difficile voie française à la face nord du Huascaran. Puis il participe à l'expé française à l'arête sud-ouest du K2 et à celle de l'ENSA sur le difficile pilier du Dhaulagiri.
1981, Manaslu, première de la face ouest avec Bernard Muller. 1983, Kangchenjunga en solitaire. Après Messner et Kukuczka, c'est la troisième fois qu'un 8 000 est ainsi gravi. Et le Kangch n'est pas un petit:
L'estime immense du milieu pour cet alpiniste discret lui donnait plus d'acuité encore. La question du style alpin, si brillant mais terriblement engagé, se trouvait aussi posée. Faut-il aller aussi loin? Faut-il s'exposer aussi souvent, totalement démuni, aux délires de la haute altitude ? Pierre Béghin, qui aurait pu prétendre à une carrière professionnelle de très haut niveau, lui avait préféré une réussite éclatante dans le domaine de la montagne. Dans un anonymat presque total. Le meilleur himalayiste français, l'un des tout premiers du monde, peinait à financer ses expéditions. Quelque chose ne tournait pas rond dans le monde de l'alpinisme.
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